Histoires de Sans-Papiers | Le travailleur et l’amiante
Tu t’appelles comment ?
- Niobée, Amaru Niobée *
Tu es de quelle nationalité ?
- nigérien
Quand est ce que tu es arrivé en France ?
- en 2003
Tu as quel âge ?
- 28 ans
Tu as déjà fait une démarche à la Préfecture pour avoir des papiers ?
- oui, j’ai demandé l’asile
Tu avais un passeport ? un visa ? comment est ce que tu es arrivé ici ?
- par avion
Avec un passeport ? Un visa ?
- oui avec le passeport d’un frère et un faux visa
Que tu as payé ?
- oui j’ai payé
Quand tu as demandé l’asile tu n’as pas montré de passeport ?
- si justement celui du frère, sous un faux nom
Et aujourd’hui tu as un vrai passeport ?
- oui, mais ils ne connaissent pas ma vraie identité, là je suis convoqué à la préfecture pour le réexamen de ma demande d’asile, mais sous le faux nom.
Tu travailles dans quoi ? qu’est ce que tu fais comme métier ?
- Desamiantage *
Et tu est déclaré ? tu as des fiches de paye ?
- Oui depuis deux ans, je travaille sous un faux nom
Avec des vrais papiers ?
- Oui
Ton employeur est au courant ?
- Quand il l’a su, il m’a liencié
Et il serait d’accord pour faire une démarche pour t’aider à te régulariser ?
- Oui, mais il n’a pas mon vrai nom...
Mais tu as un passeport valable ?
-oui
Tu as déjà eu une obligation de quitter le territoire français ?
- oui, en 2005
Comme de nombreux autres étrangers, Niobé a été licencié lorsque son employeur s'est rendu compte qu'il était dépourvu de titre de séjour valable, à la suite d'un contrôle sur un chantier : il travaillait en l'occurrence sous une fausse identité. Que ce soit sous une fausse identité ou une vraie identité avec de faux papiers, notamment d'origine européeene, nombreux sont les étrangers sans papiers qui exercent un emploi dans les entreprises françaises, dans les métiers les plus difficiles, souvent dans un statut précaire comme intérimaire. Dans le bâtiment et les travaux publics, ils seraient légions. Ils ont participé à la réalisation des plus grands travaux de ces dernières décénies : le métro Eole, l'usine d'incinération d'Issy les Moulineaux, etc. Lorsque la fraude est découverte, il faut un employeur armé d'une volonté de fer pour les aider à obtenir une régularisation avec une promesse d'embauche en bonne et due forme. Dans ces cas cependant, lorsque le préfet est informé que notre homme a fait usage de faux documents administratifs pour obtenir un emploi, il refuse en général toute régularisation. Pourtant, une promesse d'embauche dans un métier considéré comme sous tension et figurant sur les listes régionales issues de l'arrêté du 18 janvier 2008 permet d'obtenir la délivrance d'une carte de séjour salarié. Le coming out n'est pas, pour un sans papiers, toujours payant.
Le livre complet : Histoires de sans-papiers : voyage au pays des migrants - Un e-livre de Me Xavier-Philippe Gruwez, Avocat au Barreau de Paris.